30/05/2010

"CASTEL DE LA QUEUE" & "CHEMIN DE LONGUE QUEUE À GROENENDAEL"

Résumé d'une étude de Y.Goffin intitulée "Le chemin de Longue Queue à Groenendael revisité" (à paraître)

Le terme la Quewe figure pour la première fois sur une carte de la forêt de Soignes dessinée par I. Van Werden, éditée par A. Sanderus en 1659 et reproduite en peinture par Van der Stock en 1661. Ce terme indique un domaine proche de La Hulpe, comportant deux bâtiments situés sur la rive droite de l'Argentine au bord du 2ième d'une série de trois petits étangs précédant l'étang du Gris Moulin.carte F.Soignes VanderStock 1661 LaQu-Gd light.JPGsupra: partie supérieure gauche de la carte peinte de Van der Stock, photo centrée sur le chemin de La Queue à Groenendael; infra: agrandissement centré sur le domaine de La Quewe.

 photo Y.Goffin

carte FdeSoignes Van der Stock 1661 La Queue 002 light.JPG

D’après Sander Pierron, qui cite Jacques Le Roy, le plus ancien document imprimé mentionnant ce domaine est daté de 1690 et serait d’un certain Jean Blondeau. Il nous apprend que » la seigneurie de Laqueuve  est située à l’orée du bois de Soigne, est de la paroisse de La Hulpe.  Jan Brant, seigneur d’Ayseau et de Lacqueuwe, espousa Julienne de Spontin etc …» Pierron lui même rapporte que le domaine de la Queue était constitué d’un castel exhérité en 1335, avec certains droits forestiers, par Jean Brant, bâtard du duc de Brabant Jan III. (1) 

L’étude d’une série de cartes anciennes de la Forêt de Soignes montre qu’au 17ième siècle le castel était relié par un chemin bien spécifique au célèbre prieuré de Groenendael.  Son trajet commençait par emprunter la digue de l’étang (connu actuellement sous le nom de) Decellier et aboutissait à Groenendael à l’endroit du Lindekens Dam (digue des « petits Tilleuls »), digue séparant deux étangs du ruisseau Ijse en amont du célèbre couvent. (voir photos supra)

 

Historique du domaine et castel de La Queue

La Hulpe église tombeaux 003.jpgLa source essentielle de cette historique se retrouve dans l’œuvre monumentale  de S. Pierron intitulée HISTOIRE ILLUSTRÉE DE LA FORÊT DE SOIGNES. Le vieux domaine fut acheté vers la fin du XVIe siècle par Charles de Bailly, ancien secrétaire de la reine Marie Stuart. Le monument funéraire de celui-ci se trouve dans l’église paroissiale de La Hulpe. Il porte l’inscription suivante :

« CY GIT Sr CHAR. BAILLY SECRÉTAIRE DE LA REYNE D’ECOSSE DÉCAPITÉE EN ANGLETERRE POUR LA FOY CATHOLIQ. QUI TRÉPASSA LE 27 XBRE 1624 AGÉ DE 84 »                                                (photo  Y.Goffin)

  

En 1688 le Castel de La Queuwe et ses bâtiments annexes apparaissent comme sur le dessein ci-dessous.

La queue Pierron scan light.JPG

                                                                                                                                     (collection privée/photo Y.Goffin)

Pierron  décrit le dessin  comme suit : »L’ancien château se dressait  au milieu d’une pièce d’eau qui constituait la queue de la chaine des étangs de La Hulpe au sud de la Silvere beke, à l’est du chemin de terre venant de la forêt et se soudant à la herbaen   (grand-route) de Louvain à Nivelles. C’était au commencement du XVIIe siècle une jolie maison en briques rouges, à toits d’ardoises. Les dépendances, série de petites constructions sans étage, s’alignaient le long de la route ; la ferme, corps de logis et grange, soudés à angle droit, était à peu de distance du castel à midi. »   

Au temps des Autrichiens, le duc de Lorraine et  l’archiduchesse Marie Christine l’avaient choisi pour leur rendez vous de chasse en sus de leur château de Tervueren. Le château primitif fut abattu en 1809 et remplacé par un pavillon de style premier Empire, qui fut démoli à son tour vers 1830. Aujourd’hui il ne reste plus rien du castel et de ses bâtiments annexes.

 

Toponymie

Quant à la toponymie du lieu-dit de la Queue, il s’agit apparemment d’un toponyme d’origine romane apparu vers 1300 sous l’appellation de Lacqueuwe et qui a subi diverses modifications, dont la dernière celle de Longue Queue date de 1770.

  Le chemin forestier

Le chemin forestier, qui depuis des siècles reliait La Queue à Groenendael, franchissait le Silverbeeck (Argentine) en empruntant la digue de l’étang situé à l’ouest, parcourait plus de 4Km en direction du nord ouest et débouchait sur la Lindekensdam, à une bonne centaine de mètres du couvent de Groenendael. Sur les cartes topographiques du  19ième siècle la route de Longue Queue  est désormais traversée (mais non interrompue) par  la nouvelle chaussée de Tervueren à Mont Saint Jean.(infra: carte de 1877; le chemin est indiqué par un trait jaune pâle).

 

Ce n’est qu’en 1888 qu’une section du chemin de longue Queue, située au nord de la dite chaussée, est supprimée sur une longueur de 700 m par l’établissement du l’hippodrome de Groenendael.

 

 

 

carte topogr. Belgique S. E. Forêt Soignes 1877.jpg

A remarquer que le dernier tronçon du chemin, situé entre l'ancien champs de course et la digue Lindekensdam à Groenendaal,  est pavée d'éléments de béton coulé de type Portland. Cette forme particulière de pavage est exceptionnel et date probablement de la 2ième moitié du XIXe siècle. 

Epilogue

Aujourd’hui et depuis longtemps déjà cette importante voie de communication transforestière a perdu son utilité notamment pour le transport du bois. Elle également perdu sa signification historique et pour la partie wallonne de son trajet elle a même perdu son nom d’origine!

In fine, le passé de La Queue, de son domaine, son castel et du chemin forestier qui portait son nom ont sombré dans l’oubli, tant chez les habitants de la région qu’auprès  des nombreux amis de la Forêt de Soignes. Il me semblait donc utile de faire connaitre  à tous et particulièrement aux citoyens de La Hulpe l’importante signification historique de cette appellation.

Note additionnelle (08.02.2012)

C'est par le hasard de mes promenades en forêt que j'ai découvert un 2ième chemin pavée  d'éléments en béton de Portland identiques à ceux du chemin de Longue Queue. Il s'agit de la Sint Corneliusdreef, dans la section située au nord du parking de l'étang de la Patte d'Oie. Ce chemin qui existe depuis fort longtemps se retrouve sur la carte de Van Werden(1659). Il porte le nom de Route de Groenendael successivement sur la carte de la forêt de Soignes  de Ferraris (1767-1770), la carte des Pays-Bas Autrichiens du même Ferraris (1777) et le schéma inachevé de la Carte touristique de Wautier (datée 1821)

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

18:38 Écrit par dr Yves Goffin dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |